Curage du canal Condé- Pommeroeul : des avancées Imprimer
Mercredi 24 Juin 2009

Une réunion technique s'est tenue jeudi dernier à la mairie de Valenciennes sur le dossier des boues du canal Condé-Pommeroeul, en présence des Voies navigables. Des avancées y ont été actées.

Le front uni « anti-boues » - constitué des associations CANAL et ADEPC - qualifie de « très constructifs » les débats qui se sont tenus la semaine dernière dans le bureau du maire de Valenciennes, tout nouveau député européen. « Si les dépôts de boues sont toujours envisagés, écrit Émile Anglas, les zones de dépôts seront négociées avec les maires " consentants ". » Et cette assurance a été obtenue : « Plus aucun dépôt n'est retenu sur les communes de Thivencelle et Saint-Aybert. »

Changer les lois

« La technique choisie est celle d'un recouvrement des espaces concernés, donc sans émanation dans l'atmosphère, poursuit le communiqué publié par le front uni « anti-boues ». Les eaux de ressuyage seront captées et traitées avant rejet. Nous avons souligné qu'il y avait un avant et un après-élections européennes, qu'il nous apparaît impensable désormais d'admettre l'idée même de persévérer dans des pratiques d'un autre siècle et qu'il fallait trouver des solutions alternatives. Même si aucune technique de recyclage des boues n'est actuellement satisfaisante pour traiter pratiquement deux millions de mètres cubes de boues, tout s'accélère, et il est tout d'abord nécessaire de changer certaines lois contraignantes dans le domaine du retraitement des déchets. » Convié à participer au comité de pilotage qui se mettra en place en septembre, le front uni observe encore : « La nécessité de revoir le financement sous l'angle transfrontalier et européen a été soulevée à plusieurs reprises comme nous l'espérions, chaque pays ayant à ce jour fait cavalier seul. Nous avons devant nous dix-huit mois pour avancer dans les négociations qui seront absolument transparentes. »

J.-L. Chagnon veut un débat public

« Le dossier des boues avance enfin », note de son côté Jean-Luc Chagnon dans un communiqué publié hier. « Il semble que Dominique Riquet ait changé d'avis après ses propos d'avril et ses menaces adressées à l'époque aux riverains sur un éventuel échec du projet Seine-Escaut qui aurait pu être de leur fait. » Après cette réunion « organisée en catimini », le conseiller général PS affiche ses réserves : « Malheureusement, on murmure que ces boues seraient déposées sur Fresnes, Maing et Valenciennes. De cela, il ne peut être question. (...) Ces boues doivent donc être traitées ou recyclées. » L'élu socialiste demande un débat public sur cette question. « Ce combat qui montre ses premiers résultats va se poursuivre avec la plus grande vigilance », conclut-il. • B. D.

 
Dominique Riquet en opération de déminage sur le dossier des boues Imprimer
Vendredi 24 Avril 2009

Est-il possible de discuter sereinement d'un dossier aussi important... qu'explosif ? Le maire de Valenciennes, et candidat aux européennes pour l'UMP, en a fait le pari cette semaine, à Thivencelle. En évoquant avec les riverains l'avenir du canal de Condé-Pommeroeul. Obstrué par près de deux millions de tonnes de boues polluées.

> Le contexte, compliqué. Les riverains, et ceux qui les représentent, entre autres les associations Canal et Terravi, voulaient discuter. Des lustres qu'ils ont l'impression qu'on leur «  cache des choses ». Le maire de Valenciennes le voulait aussi. Il a épluché le dossier, vital à ses yeux, et rencontré tous les interlocuteurs-clef. Avec en arrière-plan ce qui serait un cauchemar à ses yeux : voir le curage des boues du canal de Condé-Pommeroeul subir le même sort que la boucle d'essais ferroviaire, bloqué par la fronde de possibles riverains.
Entre les deux parties, c'est Roland Bouvard, conseiller d'opposition à Condé, qui a joué les intermédiaires. Le rendez-vous a été fixé à la mairie de Thivencelle, mardi soir. De part et d'autre, en présence aussi des élus locaux et maires du secteur, l'envie de tout mettre sur la table.

>L'enjeu, vital. Dominique Riquet a été clair. Pas de chantage là-dedans, tout simplement des faits. Avec la réalisation du canal Seine-Nord, le Valenciennois a une opportunité exceptionnelle de développer le transport fluvial, et les zones industrielles liées. Mais à condition de curer le canal Condé-Pommeroeul, le barreau qui mène à la Belgique et au grand port d'Anvers. Une liaison stratégique fermée depuis 17 ans, faute de curage.
Sans ce trait d'union, les péniches passeront par la métropole. Adieu veaux, vaches, cochons, poulets et futurs zones logistiques. Le Valenciennois sera, au XXe siècle, barré côté fluvial comme la Sambre l'a été au XXe par l'ouverture de l'autoroute Paris-Bruxelles.

> Un très gros bouchon... Ce qui coince, c'est la masse des boues à curer : 1,8 million de tonnes. Dominique Riquet ne parlait pas au nom des Voies Navigables. Mais il a évoqué la solution qui a visiblement l'oreille de VNF. Le stockage au moins partiel des boues sur des sites, y compris du secteur, sécurisés. Reboisés et empêchant la pollution des sols. Les associations de défense, qui craignent la taille des surfaces de stockage (ils parlent de 9 hectares) restent convaincus qu'il y a au moins une alternative. Le traitement des boues par pressage, comme l'ont fait les voisins belges. Selon eux, il ne ferait pas obligatoirement exploser les coûts.

> L'impératif du calendrier. Comme si ce n'était pas assez explosif comme ça, Dominique Riquet a posé sur la table un autre impératif. Le calendrier. Il faut se décider vite. Sans quoi la «  fenêtre de tir », la réalisation du Seine-Nord, qui pousse à curer maintenant le canal tombera... à l'eau. La solution technique retenue, aussi, devra tenir compte de cet impératif. Sans quoi la fenêtre se refermera et le canal restera en l'état. Le secteur gardera la pollution, au fond de l'eau, et le bouchon continuera de croître.
> La suite. «  On a toujours voulu ce débat », a dit Émile Anglas, de Canal. «  Les grands élus ont peur d'une jacquerie », lui a répondu D. Riquet. Il va poursuivre la médiation. Monter une réunion avec les VNF et les représentants des riverains, qui ne devra pas être un «  tribunal du peuple ». Les associations ont promis de la préparer ensemble. Sur le fond, rien n'est réglé. Du moins mardi à Thivencelle l'enjeu a-t-il été clairement posé. • T. T.

 
Les stocks de boues toxiques font encore débat Imprimer
Dimanche 01 Mars 2009

Polémique. Le projet Seine-Nord-Europe prévoit le dragage du canal Condé-Pommeroeul, un cours d'eau pollué par des millions de m3 de sédiments toxiques.

Une association de riverains belges remporte la bataille juridique face à la région wallonne, et c'est toute «l'affaire des boues toxiques» du canal transfrontalier Condé-Pommeroeul qui rebondit. Du moins dans un sens. Car, de ce côté-ci de la frontière, à Saint-Aybert et à Thivencelle, le combat de l'association C.A.N.A.L est encore loin d'être gagné. Pour délivrer cette voie d'eau, chaînon manquant du projet Seine-Nord-Europe, des boues qui lui polluent l'existence, l'État, par l'intermédiaire des Voies navigables de France (VNF), prévoit toujours de disposer des stocks de boues le long de ces berges. Dans des zones se trouvant parfois à 300 mètres des habitations. Ce qui, aujourd'hui, ne sera plus le cas du côté de la Belgique.

Petit rappel: le projet Seine-Nord-Europe, dont la mise en service devrait survenir dès 2013, prévoit de permettre une liaison rapide des navires-marchands ou autres, depuis Paris jusqu'au Nord de l'Europe continentale. Un projet qui nécessite un dragage complet du canal Condé-Pommeroeul, mais aussi son élargissement. Aussi, si des associations se sont formées des deux côtés de la frontière, c'est avant tout pour protester contre le stockage de boues. Des boues provenant d'une usine pétrochimique située à Tertre, entité de Mons en Belgique, et donc toxiques : «Ces déchets toxiques se jettent dans la rivière de l'Haine puis finissent leur course dans le canal Condé-Pommeroeul. Ces boues sont tellement polluées que si nous les soumettions à un éthylotest, sourit Emile Anglas, il n'y aurait pas de couleurs pour définir à quel point elles sont polluées».

Des risques de cancer

1,5 million de m3 de sédiments pollués seraient à éliminer. Jean-Pierre Defresnes, directeur régional Nord-Pas-de-Calais des Voies navigables de France tablerait même «sur 2 millions de m3». Autrement dit, la tâche est énorme et fait perdre immédiatement le sourire à Emile Anglas lorsqu'il expose les possibles conséquences : «Tout cela va être stockés à ciel ouvert. Les boues vont sécher durant des années puis elles subiront le souffle des vents. Les vents emmèneront sur leur passage de la poussière toxique». Et de poursuivre : «Des poussières que respireront les hommes, mais qui auront aussi un impact sur les milieux naturels. On ne parle pas assez des risques de cancer, de malformation foetale que le contact avec ces poussières pourrait causer. Sans compter que les sols et les nappes phréatiques aussi, seront touchés».

«Frapper plus fort»


Un scénario «catastrophe» en complet désaccord avec les analyses des VNF (voir encadré), même si Emile Anglas préfère rapidement les contrecarrer : «C'est grâce à des analyses scientifiques effectuées en rapport avec les conséquences de la présence de ces boues que les Belges ont gagné. Des analyses qui ont même été faites ici à Saint-Aybert. Avec les analyses, c'est toujours pareil, ça dépend de qui les paie». Aussi peu satisfaite du courrier reçu de la part du ministre de l'environnement Jean-Louis Borloo - «A un moment, on a cru une certaine avancée, mais avec la crise du moment, on a l'impression qu'il va falloir faire vite. Qu'il faut favoriser les rentabilités économiques», poursuit-il, - l'association C.A.N.A.L se dit prête à radicaliser ses actions, à «frapper plus fort». Un front commun avec l'association de défense de l'environnement d'Agostino Populin et les militants belges est d'ailleurs envisagé.

Les Voies navigables de France ne penchant pas pour le philtre-presse

Du côté des Voies navigables de France (VNF), on affirme que rien n'a encore été décidé. Les lieux où pourraient être stockées ces boues n'ont pas encore été fixés. Et rien ne dit qu'ils se situeraient le long du canal Condé-Pommeroeul. Quant aux risques que pourraient avoir ces boeus toxiques sur l'homme et la nature, «ils sont inexistants, nos analyses scientifiques le prouvent», rappelle Jean-Pierre Defresnes, directeur régional Nord-Pas-de-Calais des Voies navigables de France. «Prenons l'exemple du parc de la Deûle dans la région lilloise. Aujourd'hui, les gens s'y promènent. Et on se doute bien que s'il y avait danger, jamais la métropole lilloise nous aurait permis de faire un parc à cet endroit», poursuit-il. Enfin, le philtre-presse, procédé qui permet de traiter les boues sans avoir recours à un quelconque dépôt, procédé qui sera d'ailleurs utilisé à Malmaison en Belgique, n'a pas encore convaincu Jean-Pierre Defresnes : «J'attends des garanties, un texte de loi qui pourra nous dire que le traitement des boues est efficace avec ce procédé. Rien ne dit que dans vingt ans ou trente ans, il ne restera pas dans la boue, de l'arsenic ou du plomb. Ce n'est pas après coup, lorsque ces boues seront transformées en céramique, qu'on pourra faire quelque chose contre le danger que ça peut avoir sur l'homme».

Article rédigé par :
Marc-Antoine Barreau
 
Le MET abandonne son projet de lagunage des boues de dragage
Samedi 21 Février 2009
 
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